Messe 18 Octobre 2026 à l'Abbaye Saint-Philibert de Tournus
Messe du 29ème dim. du Tps Ord. "A" 18 Octobre 2026 à l'Abbaye Saint-Philibert de Tournus
Lecture du livre du prophète Isaïe 45, 1. 4-6
1ère lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 1, 1-5b
Évangile de Jésus Christ selon Matthieu 22, 15-21
"En ce temps-là, les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode: «Maître, lui disent-ils, nous le savons, tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité; tu ne te laisses influencer par personne car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Alors, donne-nous ton avis: Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ?»
Connaissant leur perversité, Jésus dit : «Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt.» Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. Il leur dit : «Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ?» Ils répondirent: «De César.» Alors il leur dit: «Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.»
Homélie du Père Bernard Binon
Avant d'en venir au sacrement des malades, permettez-moi quand même de m'arrêter un instant sur cette page d'Évangile que nous venons d'entendre et qui est certainement la page la plus drôle de tout l'Évangile, et qui a dû être source de rires le soir -à la veillée- entre les apôtres.
Les pharisiens, vous savez, sont un groupe de juifs qui sont extrêmement attachés non seulement aux cinq premiers livres de la Bible, à la Torah mais à l'ensemble de l'Écriture. Que dis-je ? Non seulement ils sont attachés à l'Écriture, mais à tous les commentaires qui ont pu être faits de l'Écriture. Que dis-je ? À tous les commentaires des commentaires et ils veulent scruter les commentaires des commentaires des commentaires, si bien que ça n'est jamais fini. Et ils commencent toujours leurs questions comme les mauvais élèves en classe, quand le professeur ou le maître, la maîtresse donne un devoir: "C'est obligé, Madame ?" "On doit le faire ?" "C'est obligatoire ?" Leur question commence toujours par-là: "Est-ce qu'il est permis ou défendu ?" "Est-ce qu'on a le droit ou pas le droit ?" "Est-ce que c'est obligé ou pas obligé ?" Quelle mentalité !
Or ces gens, très attachés -scrupuleusement attachés- à l'Écriture, prennent très au sérieux chaque commandement et -en particulier- celui de ne se faire aucune représentation, aucune image non seulement de Dieu mais de tout être humain. Car représenter Dieu, ce serait l'enfermer dans une image. Or, nous voyons bien par nous-mêmes, nous ne pouvons pas être enfermés dans une définition, dans une image. Nous sommes toujours plus riches que tout ce que l'on peut dire de nous. Et si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous ne nous connaissons jamais pleinement. Qui suis-je, comment vous dire qui je suis en quelques mots ? Je dépasse forcément tout ce qu'on peut dire de moi et tout ce que je perçois moi-même. C'est pourquoi dans le monde juif, comme dans le monde musulman d'ailleurs, on ne fait aucune image de Dieu et aucune image de l'être humain qui est à l'image et à la ressemblance de Dieu lui-même.
Ces gens avec cela, discutent avec un scrupule quasi-exemplaire. Or, courageusement, ils tiennent conseil pour essayer de prendre Jésus au piège. Et courageusement … Non, ils ne le font pas eux-mêmes, ils envoient leurs disciples. Petite note d'humour : courageusement, ils envoient leurs disciples. Les disciples viennent vers Jésus et lui demandent donc avec une déférence toute feinte : "Maître, toi qui es si sage, toi qui es capable d'une clairvoyance exceptionnelle, pourrais-tu nous dire s'il est permis ou défendu, si c'est obligatoire ou pas obligatoire, de payer l'impôt à l'empereur ?"
Et vous avez toujours l'idiot de service dans ces cas-là qui se précipite quand Jésus dit : "Montrez-moi une pièce de monnaie de l'empereur." Et il y en a un qui sort de sa poche le denier, une image de l'empereur sur la pièce, alors qu'ils prétendent qu'il ne faut pas représenter l'être humain, ils sont pris à leur piège. Jésus dit : "Qu'est-ce que c'est que ça ?" "Mais, c'est une image de l'empereur." "Ah, une image de l'empereur ? Eh bien écoutez, voyez vous-même, moi je ne sais pas quoi vous dire." Ils sont renvoyés à leur suffisance et, j'allais dire, ridiculisés eux-mêmes.
Venons-en maintenant au sacrement des malades. Les enfants, regardez bien ma main. On dirait un toit. Le toit, en latin, ça se dit tectum, tectum, le toit. Prendre sous sa protection, mot à mot, ça veut dire prendre sous son toit. Tout à l'heure, je vais mettre les mains comme ceci, sous forme de toit, sur ceux qui vont recevoir l'onction des malades, pou
r signifier que Dieu les prend sous sa protection. Mot à mot, sous son toit.
Et puis, il y aura un deuxième geste : je vais faire avec l'huile qui a été bénie par l'évêque pendant la Semaine Sainte, une onction d'huile sur le front et sur les mains de ceux qui ont demandé le sacrement.
L'huile, les enfants, vous le savez, pénètre tout. Si je laisse tomber une bouteille d'huile ici, vous revenez dans dix ans, je serai mort, mais la marque de l'huile, y sera toujours. Parce que l'huile pénètre même la pierre la plus dure. Eh bien, il n'y a pas de cœur si endurci que la force de Dieu ne puisse pénétrer.
Chers amis, affaiblis par l'âge ou par la maladie, le Seigneur lui-même va venir habiter en vous, pour vous fortifier, pour vous relever, pour vous réconforter.
Demandons pour vous de participer à ce sacrement avec une foi profonde. Seigneur, prends nos amis et prends-nous nous-mêmes sous ta constante protection et viens pénétrer en nos cœurs, en nos intelligences pour que nous sachions aimer et vivre comme toi seul sais aimer et vivre.
Préparons-nous à accompagner nos amis.
